• Jérémie Leblond-Fontaine

Aventure sur la Côte-Nord - 06 - Les îles Mingan

Dernière mise à jour : déc. 1

Les vagues sont toujours là. Elles s’échouent toujours sur la plage. C’est drôle car avec cette mélodie en fond, je n’ai pas l’impression d’être seul. J’ai l’impression d’être accompagné. Après une heure couché, je ne trouve pas le sommeil. J’ouvre l’œil et admire le paysage à travers la petite fenêtre de la tente. Le son des vagues est devenu confus, chaotique. Beaucoup de vagues cassent avant d’arriver sur la plage. Le son est fort, un peu comme un bruit rose. Le vent est calme, la lune se lève sur l’horizon lointain. Son reflet miroite sur la surface lisse. L’eau est à perte de vue. C’est avec ces images que je referme l’œil.


C’est l’averse qui me réveille au petit matin. La pluie tombe fort. Le crépitement sur la toile de la tente est fort. J’adore le son que les gouttelettes produisent lorsqu’elle frappe une surface. Le vent est complètement tombé.


Je me lève encore une fois plutôt tard comparativement à l’habitude. Le bateau sur lequel je suis censé embarquer décolle à 10h30. J’aime plus ou moins ces endroits où je suis pris dans un cadre législatif qui ne me permet pas d’accéder aux territoires sur des heures qui me conviendraient. Ceci dit, je n’ai pas le choix. Je pourrais m’en priver et me morfondre dans mon coin, ou plutôt faire avec. Bien que les conditions ne soient pas les meilleures, je suis persuadé que je réussirai à tirer quelques belles images de ma journée.


Le ciel est couvert, la visibilité est bonne. Il est temps de préparer mon sac pour la journée. Collations, repas, équipement photo, batteries et cartes de rechange, je ne dois rien oublier.


Aller direct sur l’île. L’air salin caresse la peau de mon visage. Mes mains sont refroidies rapidement. Le transport est de courte durée, tout au plus 10 minutes pour se rendre. Quelques personnes sont présentes sur le trajet, quelques-unes sont déjà sur place. Je suis moins à l’aise de photographier lorsqu’il y a beaucoup d’autres personnes à proximité. C’est plus difficile de se concentrer, de s’inspirer, de trouver des compositions intéressantes. Et c’est d’autant plus difficile lorsque je rencontre des gens qui me connaissent ou que je connais. Un actionnaire d’une compagnie pour laquelle j’ai déjà réalisé des photographies à plusieurs reprises, d’anciens participants à mes ateliers, des connaissances, je rencontre dans cette journée une foule de gens que je connais. C’est tout un contraste avec les derniers jours passés à n’être qu’avec moi-même.


À mon arrivée sur l’île, le soleil déchire les nuages. Il sortira pour toute la durée de mon passage. Moi qui croyait avoir de la lumière diffuse et peut-être même de la pluie, je suis un peu déçu. La lumière directe du soleil, spécialement en milieu de journée, n’a rien de très intéressant pour moi. Les ombres sont fortes et la lumière frappe le dessus de la tête des oiseaux. La lumière n’est pas dramatique, et elle est peu flatteuse. Il faudra user de patience et de doigté pour réaliser de belles photographies.


Je fais le tour tranquillement de l’île. Bien que je connaisse déjà bien l’endroit, l’ayant visité à plusieurs reprises, il est toujours adéquat de faire un petit repérage pour cerner les meilleurs points de vue et où se situent les oiseaux. Ça fait toujours plaisir de retrouver le phare, des hirondelles volent un peu partout autours, quelques bruants volent de fleurs en fleurs. Je repère quelques endroits propices aux photos. Il est autour de midi, la lumière est à son point le plus laid. Il me faudra attendre en fin de journée avant qu’elle soit décente. Mais tout de même, je réalise quelques images au cas où la présence des oiseaux ne serait pas au rendez-vous lorsque le soleil descendra. Les marées dictent le déroulement de la journée. Ce sont elles qui déterminent si les oiseaux entrent ou sortent de l’île.


Je fais quelques images, j’analyse plus profondément le comportement des oiseaux. Je mange les deux sandwiches que je me suis préparé et je poursuis la lecture de mon livre. Le temps est bon. L’air est frais, mais le soleil radieux me réchauffe. J’avais décidé de mettre des vêtements imperméables, noirs. Je n’ai pas froid, loin de là.



jeremie leblond-fontaine photographe photographie animaliere paysage quebec canada nature photographer photography wildlife landscape  atlantic puffin


L’après-midi passe plutôt vite. Des escales de visiteurs débarquent en début d’après-midi, je continue la lecture. Je préfère les moments entre les escales, c’est plus tranquille et serein. Les oiseaux sont plus ou moins au rendez-vous. Quelques-uns entrent et sortent de l’île, mais la marée n’est pas encore bonne pour offrir une abondance de sujets.


La fin de journée approche. La lumière se tamise parfois, quelques nuages ont fait leur apparition et m’offrent un éclairage plus diffus sur les macareux. Et à un certain moment, ça commence à être la folie. Les oiseaux arrivent par dizaines le bec plein de poissons, destinés à leur progéniture qui se trouve à l’intérieur des terriers. Un guillemot marmette prend la pose sur un rocher en bordure de l’île. Il se laisse facilement approcher, nul dérangé par la présence de gens assez près autour.



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Je remplis quelques cartes mémoires et vide une batterie. C’est bon signe. Les conditions sont relativement intéressantes. J’aimerais certes une lumière plus horizontale et chaude, mais je fais avec ce que j’ai. La fin d’après-midi est bonne, comme le serait la pêche après plusieurs heures à n’avoir rien qui mord sur la ligne.


Les petits perroquets de mer sortent de partout. Il y en a partout dans la falaise et sur les roches. Par moment, il y en a une ou deux dizaines à tout juste quelques mètres devant moi. C’est devenu difficile de les isoler sans avoir le bout d’un autre derrière. Le biotope est aussi ardu à mettre en valeur. Je le trouve peu harmonieux, ça contraste avec la douceur et le design du macareux moine. Mais bon, les oiseaux ne choisissent pas le site pour sa beauté.


Le soleil est fort, il frappe directement les macareux. Leur visage et leur ventre clair, blanc, détonne du reste de leur corps plus foncé. Les zones claires contrastent avec le reste de l'environnement très sombres autour. Je décide de miser sur cela pour créer des images plus fortes, plus dramatiques. Je ne suis pas maître de la lumière, ni de la position des oiseaux, ni de l'environnement, je ne peux que jongler avec tous ces éléments pour aller chercher de belles photographies. Il y en a toujours qui se cache quelque part.



jeremie leblond-fontaine photographe photographie animaliere paysage quebec canada nature photographer photography wildlife landscape atlantic puffin

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Les perroquets de mer sont partout. Plusieurs se massent sur une petite pointe de roche avant de s'envoler vers la mer. Le ciel est bleu derrière, et loin. Certains angles permettent d'avoir également la rive derrière. Le ciel est menaçant, il pleut sur la terre ferme alors qu'ici, c'est le plein soleil.



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Je repars avec le dernier bateau de la journée, la tête bien remplie de beaux souvenirs. Je me dis que lorsque je ferme les yeux, si les animaux ou les paysages sont imprégnés dans ce que je vois, c’est que la journée a été bonne. Même si les photographies ne sont pas au rendez-vous, j’aurai tout de même passé un excellent temps. Je suis quand même confiant qu’il y en a plusieurs que j’affectionnerai.


L’air est beaucoup plus frais qu’à l’aller. Le ciel est lourd sur la côte, il pleut plus haut dans les terres. Le temps est bon. Il est maintenant temps de retourner vers la maison, vers le confort de la famille. Je crois que si je devais résumer ce périple, je le décrirais ainsi. Ce fût une semaine où j’ai retrouvé de vieux amis. Où la météo n’en a fait qu’à sa tête, à mon plus grand bonheur. Où j’ai pu me libérer la tête de bien des choses. Où j’ai pu prendre mon temps, prendre le temps d’apprécier le moment présent. Où j’ai fait de magnifiques rencontres. Où j’ai photographié.


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