• Jérémie Leblond-Fontaine

Aventure sur la Côte-Nord - 03 - Sous la pluie

Dernière mise à jour : il y a 5 jours

Réveil aux petites heures du matin. Le temps est couvert, on sent la pluie qui s’amène tranquillement. La brume est légère, je sens qu’elle se dispersera assez rapidement pour laisser place au ciel nuageux. Cette fois-ci, je décide de ne prendre qu’une ou deux barres, une bouteille d’eau, et de me diriger directement vers le spot. Matinée plutôt relaxe, je me ferai un déjeuner à mon retour.


Une fois sur place, je remarque qu’il n’y a pas beaucoup de traces fraîches dans le sable. Nuit relaxe aussi pour les renards? Qui sait ce qui se passe pendant que je suis absent? Je m’installe, sors les caméras, et je patiente. J’aperçois la mère arriver avec ce qui me semble être un oiseau dans la gueule. Son pelage est détrempé. La rosée du matin est plutôt intense. Marcher dans les herbes mouille instantanément les vêtements. Elle est magnifique. Ses grands yeux oranges détonnent de son pelage noir. C’est ce qui me frappe le plus chez cette renarde : ses yeux. Les renards ont de beaux yeux, un beau regard profond, mais chez elle, c’est différent. On pourrait lire le fond de son âme dans le fond de ses yeux.


Elle ne sera que de passage, et ses rejetons décideront de ne pas se montrer à moi. Sont-ils plus loin dans la broussaille entrain de jouer, de se chamailler? Entrain de dormir dans la tanière? Dans une troisième tanière que je ne connais pas? Je ne saurais dire.


Je retourne au camp. Je me fais un délicieux gruau instantané Quaker, digne des plus grands restaurants. Mes talents culinaires ne sont définitivement pas au top, ce n’est pas ma force. Mais je me débrouille pour ne pas avoir faim, c’est l’important.


La pluie s’amènera bien vite. Je le sens dans l’air. Un odeur particulière précède souvent l’arrivée des averses, et elle est bien présente. Je replie la tente et range le campement. C’est mon dernier jour ici. Mais après cette brève rencontre de ce matin, j’aimerais bien revoir les renards sous la pluie. J’adore la pluie comme condition de prise de vue. Le pelage mouillé, les gouttelettes en suspension dans l’air, la petite brume, les gouttes d’eau sur le feuillage. Les photographies parlent plus dans ce genre de conditions, on sent plus la vie que peuvent vivre la faune sauvage à tous les jours.


Le campement est rangé, je m’installe à l’arrière de la voiture pour lire un brin, et la pluie débute. Il sera difficile de me reposer aujourd’hui, la tente maintenant pliée. Je préfère la plier lorsque c’est sec, sinon l’humidité reste prise à l’intérieur. Et selon les prévisions, il pleut pour les 2 prochains jours alors si je peux me sauver des draps mouillés pour une nuit, je serai bien content.

jeremie leblond-fontaine photographe photographie animaliere paysage quebec canada nature photographer photography wildlife landscape

Après quelques dizaines de pages, j’entame l’écriture de ce texte. J’ai souvent eu du mal à raconter mes histoires une fois de retour à la maison. Je n’arrivais pas à transmettre l’émotion du moment. Même si je prenais beaucoup de notes, c’était difficile de trouver les mots pour exprimer ce que je vivais sur place. En écrivant sur le fait comme cela, c’est beaucoup plus facile. Les mots viennent plus facilement, et je n’ai pas d’effort à faire pour me remémorer comment c’était. Je me mets un peu de musique calme, ça m’aide à m’inspirer. J’affectionne particulièrement Olafur Arnalds, compositeur néoclassique islandais que je suis depuis mon secondaire.


La pluie tombe en averse. C’est intermittent. Parfois forte, parfois nulle, parfois douce. Après avoir terminé mes trucs, je sors les housses de pluie, je prépare le matériel et je pars pour quelques heures d’attente sous la pluie. J’aime ces conditions de prise de vue, mais elles ne sont pas faciles pour le corps et l’équipement. Une fois trempé, le froid nous rentre dans les os. Les caméras doivent être bien protégées. Bien que tropicalisées, il faut quand même faire attention car de l’humidité est vite entrée à l’intérieur.



Une heure passe, deux heures passent, trois heures passent. Soudainement, je vois la petite silhouette sombre au loin s’approcher. C’est elle. Je me couche au sol et l’admire alors qu’elle s’amène. Ça m’arrive souvent de regarder la scène au lieu de la photographier. En ayant toujours l’œil dans le viseur, on apprécie moins le moment présent.

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Elle arrive tout détrempée, elle est si belle.

Sa taille fine, sa petite patte blanche me rappelle celle de son petit de l’année dernière qui avait exactement la même, son regard percutant. Elle n’a rien ramené cette fois-ci. La chasse n’a pas été bonne ce matin.


Elle entre dans les buissons, et je la perds pour quelques minutes. Puis, elle ressort sur un petit talus de sable. Elle s’installe à quelques endroits différents pour jeter un œil sur la tanière. Les petits sont toujours à l’intérieur. Elle se couche à l’abri dans un conifère, tranquillement. On reste ensemble plusieurs dizaines de minutes. Je l’observe, je l’admire. Tant de beauté dans un si petit animal. Tant de douceur dans cette scène. Elle se lève au bout de 30 minutes, et repart. Je lui dis au revoir, et à l’année prochaine j’espère.



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